• Une de mes supers collègues m'a fait découvrir un ouvrage très intéressant pour travailler la respiration en classe : Cohérence KID.

    Toujours très intéressée par tout ce qui touche à la gestion des comportements et à la maîtrise de soi, j'ai dévoré cet ouvrage du Dr David O'Hare que ma collègue m'a prêté et que j'ai finalement décidé de m'acheter afin de l'avoir toujours sous la main en classe tant cet ouvrage est concret et pratique.

    Pratiquer la cohérence cardique en classe

     

    Cohérence Kid est un ouvrage à destination des enfants.

    C'est un guide pratique qui va aider les parents, les enseignants ou les soignants à installer et à renforcer des ressources psychologiques qui serviront aux enfants (de 2 à 11 ans) toute leur vie.

    Ce petit livre permet ainsi de résoudre certains petits tracas du quotidien et autres craintes enfantines comme la peur du noir, l'anxiété, le mal au ventre, l'insomnie, l'hypersensibilité…


    Grâce à cet ouvrage, chacun peut découvrir, comprendre et apprendre aux enfants comment pratiquer la cohérence cardiaque.

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    La cohérence cardiaque, qu'est-ce que c'est ?

     

    C'est un état d’équilibre physiologique, physique, mental et émotionnel qui induit un recentrage, un ressourcement et un renforcement de chacun de ces domaines.

    Au départ, la Cohérence Cardiaque n’est ni une pratique ni une méthode, mais un état particulier du fonctionnement humain qui peut être induit par des pratiques simples. Cet état n’est pas spontané mais induit par une pratique volontaire qui peut être respiratoire, émotionnelle ou mentale.

    Inspirée des techniques ancestrales de santé et de bien-être comme la méditation, le yoga, la brain-gym ... la cohérence cardiaque permet de moduler sa respiration par la volonté.

     

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    Organisation de l'ouvrage

     Pour permettre au lecteur de bien saisir toutes les dimensions de cet état, le livre s'organise en 5 grandes parties :

    Pratiquer la cohérence cardique en classe

     

    Les 3 premières parties sont relativement courtes, efficaces et centrées sur le côté "théorique" de la démarche. Ces parties sont nécessaires et même indispensables pour bien comprendre le fonctionnement de la respiration et son impact sur le corps et l'esprit.

    La lecture de ces parties (écrites dans un jargon accessible et compréhensible pour une non-scientifique comme moi !) m'a personnellement permis de bien comprendre les tenants et les aboutissants de la cohérence cardiaque et de pouvoir ensuite les expliquer et les expliciter aux élèves afin qu'ils saisissent tout le rôle et l'intérêt des activités que nous allions mener en classe.

    Les parties 4 et 5 sont orientées vers une pratique concrète et efficace de la cohérence cardiaque en classe et/ou à la maison.

    Ces parties présentent ainsi 47 Respiroutines et la manière de les mettre en œuvre auprès des enfants de manière rapide et pertinente.

    Ce sont des fiches présentant des activités gratuites et assimilables en quelques minutes par les enfants. Chacune est associée à une histoire ou un petit jeu imaginaire qui offre un prétexte ludique permettant à l'adulte de guider l'enfant dans sa pratique de la respiration synchrone.

    Plutôt que des grands mots, voici un aperçu de la présentation des RespiroutinePratiquer la cohérence cardique en classe

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    La pratique de la cohérence cardiaque en classe

    Pour avoir déjà utilisé plusieurs respiroutines avec mes élèves, je dois avouer qu'à chaque fois l'effet obtenu sur les enfants est celui attendu et décrit par l'ouvrage. Ils s'investissent avec envie et motivation dans les activités proposées et les utilisent même seuls par la suite et à bon escient.

    J'ai juste à leur montrer le livre ou à leur dire "respiroutine" pour entendre des "Ouaiiiis !", des "Chouette !" ou des "Trop cool !" envahir ma salle de classe.

    Et quand, quelques jours plus tard, j'ai découvert une élève en train de faire "Boubou le bourdon" dans son coin parce qu'elle se sentais énervée, pas concentrée et qu'elle sentait qu'elle en avait besoin pour se remettre sereinement au travail, j'ai pu attester que la mission était remplie.

    J'utilisais jusque là quasi exclusivement l'ouvrage "Calme et attentif comme une grenouille" avec mes élèves. Je l'ai utilisé cette année avec ma classe, comme je le faisais les années d'avant mais je dois avouer que cette méthode n'a pour le coup pas eu beaucoup d'effets sur mon groupe-classe. Les élèves m'ont vite dit qu'ils trouvaient cette pratique trop "bébé" et "molle".

    Même si je compte bien continuer à utiliser la Grenouille en classe, je pense que si Cohérence KID a été mieux accueilli par mes loulous cette année c'est avant tout et surtout parce qu'elle propose des mises en relation humaines où les élèves sont plus "actifs" tant dans la pratique que dans la réflexion qui l'accompagne.

    Une étude scientifique a été menée l'an dernier dans l'Académie de Poitiers sur plus de 700 élèves ayant pratiqué la respiration synchrone de la cohérence cardiaque en classe. Les résultats sont plutôt impressionnants.

    Je vous laisse découvrir tout cela en cliquant sur l'image :

    Pratiquer la cohérence cardiaque en classe

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    Grâce aux respiroutines on peut à la fois maîtriser notre respiration pour se recentrer après la récréation mais aussi se donner de l'énergie le matin en arrivant en classe afin de bien se réveiller pour être en forme et affronter la journée qui nous attend.

    Ces activités respiratoires permettent pour certaines de s'isoler afin de revenir à soi et pour d'autres de se lier à ses camarades par le souffle pour créer une réelle cohésion de groupe.

    Si jamais vous souhaitez en savoir plus sur l'état de cohérence cardiaque, je vous laisse ci-dessous mes notes de lecture qui vous donneront un petit aperçu théorique sur le sujet (en tous cas je l'espère). Malgré tout, ces notes ne sauront vous servir pour une pratique de classe efficace car elles ne traitent absolument pas des 47 respiroutines. N'étant pas une experte du sujet et ne pratiquant la cohérence cardiaque que depuis très peu de temps, le seul conseil que je pourrais vous donner est de vous plonger dans cet ouvrage qui deviendra très vite pour vous un véritable "livre de recettes" du renforcement physique, mental et émotionnel de vos élèves.

     

    Pratiquer la cohérence cardique en classe


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  • Avec mes élèves nous avons poursuivi notre travail sur l'empathie cette période en mettant en place un arbre très particulier sur la porte de notre classe ...

    Dans l'ouvrage "Aidez votre enfant à développer son empathie" que je vous citais déjà dans cet article, plusieurs activités sont proposées et réalisables en classe.

    L'arbre Ho'oponopono

    En classe, nous pratiquons déjà des activités de méditation ainsi que le message clair pour résoudre les conflits et amener les élèves à faire le point sur leurs propres émotions.

    J'ai proposé cette période à mes élèves de tester le rituel Ho'oponopono cité dans l'ouvrage (en l'adaptant afin qu'il convienne à une organisation de classe).

    Ho'oponopono, qu'est-ce que c'est ?

    C'est un mot hawaïen qui signifie "corriger ce qui est erroné". C'est une tradition hawaïenne qui invite au "lâcher-prise" pour nettoyer sa mémoire de tout ce qui la pollue. C'est un moyen pour chacun de se recentrer sur lui-même et sur ses actes pour s'apaiser et rétablir sa paix intérieure.

    Tout cela est très symbolique j'en convient. Comme expliqué dans l'ouvrage : Derrière chaque évènement de notre vie se cache une mémoire. Nous pensons prendre les décisions seuls, mais en réalité ce sont souvent des mémoires très anciennes qui nous guident. C'est ainsi que nous construisons notre réalité : en répétant constamment des schémas du passé.

    Pour les élèves ayant des difficultés à gérer leur comportement, je trouve que ce passage est révélateur. Beaucoup d'entre eux sont "bloqués" dans un schéma de réactions en chaînes violentes car c'est ce qui les caractérise depuis toujours ou presque. Le monde dans lequel nous vivons ne donne que très rarement une deuxième chance malheureusement et l'erreur (comportementale en tous cas) reste encore trop souvent stigmatisante et emprisonnante.

    "On ne nait pas homme/femme, on le devient." nous dit le proverbe.

    Sur le même principe, je pense qu'on ne nait pas violent. Mais on peut le devenir. Volontairement ou non. Consciemment ou pas. Je pense qu'aucun enfant ne nait "mauvais" mais que, malheureusement, beaucoup d'enfants au comportement "inadapté" reproduisent en fait simplement un schéma d'action qu'ils maîtrisent parce que c'est la seule manière d'agir qu'ils connaissent. Les causes et raisons peuvent être multiples et variées mais l'issue mérite être la même pour tous : parvenir à sortir de ce cercle vicieux qui risque, à long terme, de leur causer du tort.

    Pour se faire, je pense (comme toujours) que la verbalisation, la mise en mots et l'explicitation sont des clés qui permettront aux enfants de se délier de tout ce qui les emprisonne.

    C'est pourquoi cette philosophie du Ho'oponopono m'a beaucoup plu. J'ai décidé de l'adapter pour lui donner vie en classe, en EMC, sous la forme d'un arbre.

     

    La mise en place concrète en classe

    Cette tradition, comme dit plus haut, invite chacun à "nettoyer sa mémoire" pour ainsi faire table rase du passé et aller de l'avant vers des horizons nouveaux et plus "glorieux".

    J'ai donc présenté à mes élèves ce terme qui les a fait rire dans un premier temps mais qui, une fois explicité leur a beaucoup plu :

    - d'une part parce que c'est un mot hawaïen, donc un mot inconnu qui vient d'une région lointaine du monde. Ils ont été ravi d'apprendre un mot étranger !

    - d'autre part parce que la philosophie de ce mot a eu un écho en eux.

    Plusieurs de mes élèves cette année se sentent (je cite) "perdus parce [qu'ils] ne parviennent plus à agir correctement." Parfois ils "font des choses [qu'ils savent] mauvaises, [ils] se voient les faire, se disent que c'est mal mais n'arrivent pas à s'en empêcher". Ils font alors du mal aux autres "sans le vouloir vraiment mais sans pouvoir s'en empêcher".

    Une fois le mot expliqué, les langues se sont déliées et certains élèves ont fait un lien avec le message clair.

    "En fait, le message clair c'est quand celui qui est dérangé prévient pour aider l'autre à mieux se gérer. Ho'oponopono c'est l'inverse. C'est celui qui a dérangé qui le fait, quand il n'a pas reçu de message clair et qu'il se rend compte qu'il a fait du mal trop longtemps. Ho'oponopono permet de lui soulager le coeur parce que, comme dit ma mamie, mieux vaut tard que jamais."

    Ces mots ne sont pas de moi mais d'un de mes élèves. Je ne peux vous dire lequel bien sûr. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'en ayant entendu CET élève me dire CELA, m'a fait vraiment chaud au coeur. Le chemin pour en arriver là a été long et tordu. La route a faire encore est toute aussi longue mais les progrès sont là. Ne baissons jamais les bras !

    Pour poursuivre cette tradition au sein de la classe, j'ai présenté aux élèves les 4 mots à connaître pour procéder au "nettoyage de sa mémoire" :

    Désolé

    Parole : "Je suis désolé(e)"

    Signification : je prends la responsabilité de ce qui se passe

     

    Pardon

    Parole : "Pardonne-moi pour ce que j'ai en moi et qui a attiré cela dans ma vie"

    Signification : je demande que toutes mes mémoires soient corrigées

     

    Merci

    Parole : "Je te remercie"

    Signification : Je remercie mes mémoires de se nettoyer pour m'aider à avancer

     

    Je t'aime

    Parole : "Je t'aime"

    Signification : Aimer ses mémoires pour leur permettre de se dissoudre un peu.

     

    Toute cette "symbolique" n'est pas vraiment accessible pour des enfants de CP. J'ai donc adapté le principe générale des 4 mots à ma classe.

    J'ai demandé à mes élèves de s'installer en cercle et demandé à chacun de réfléchir à un acte qu'il a fait, qui a pu blesser quelqu'un de la classe et qui y repense encore souvent à cela aujourd'hui.

    Je pensais que les élèves ne verraient pas trop où je voulais en venir avec cette demande mais les volontaires se sont très vite fait connaître et chacun à pu prendre le temps d'aller s'adresser à un camarade pour lui transmettre ses 4 mots qui ont été acceptés par une poignée de main.

    On pourrait se dire que c'est facile de faire répéter des mots aux enfants "juste comme ça" mais pas du tout ! Cela n'a pas été facile pour tous de les dire ! Rien qu'à "Désolé", beaucoup ont eu un blocage. Le principe de ces 4 mots est de permettre aux enfants de prendre consciemment la responsabilité de leurs actes ce qui n'est visiblement pas évident pour tous. ;-)

    Malgré cela, après plusieurs "cérémonies" au sein de la classe, certains élèves ont demandé à renouveler l'exercice auprès d'autres camarades. (Les mêmes dont je citais les propos plus haut ... Cela m'en dit plus long sur eux que leur comportement finalement ...)

    La symbolique de l'arbre

    De ces échanges, un problème a été soulevé par certains élèves.

    Comment faire pour demander Ho'oponopono a quelqu'un qui n'est pas dans la classe ?

    Certains élèves ont rapidement mis en lumière leur difficulté à réaliser l'activité car les personnes à qui ils souhaitaient vraiment s'adresser n'étaient pas présentes (frères, soeurs, copains d'une autre classe, parents ...).

    C'est alors que m'est venue l'idée (rapide et sur le vif) de faire un arbre à mettre sur la porte de la classe.


    Chaque élève a écrit sur un bout de papier le prénom de la personne qu'il a blessé et a, symboliquement, dit les 4 mots à sa feuille. Les bouts de papier étaient mis à disposition de tous et chacun était libre d'en remplir plusieurs, selon ses besoins.

    Les feuilles ont ensuite été collées sur l'arbre (fait rapidement par la maitresse et, du coup, très moche ! :-() qui a été affiché sur la porte de la classe.

    L'arbre Ho'oponopono

    Pourquoi sur la porte ?

    Parce que comme ça les petits soucis passés restent sur le pas de la porte. Ils n'entrent pas en classe et ne peuvent donc pas perturber nos apprentissages.

    Pourquoi un arbre et de feuilles ?

    Les feuilles sont la marque de la prise de conscience et du pardon demandé. Reconnaître ses erreurs permet d'avancer et de repartir sur des bases plus saines.

    Et puis, comme chacun sait, un arbre finit toujours par perdre ses feuilles. Elles seront très vite emportées par le vent, nos erreurs avec elles, bien loin de nous.

     


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  • Le jeudi 8 novembre a eu lieu la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement à l'école. L'occasion pour moi d'aborder ce sujet sensible avec mes petits CP.

    Le harcèlement scolaire n'est pas quelque chose de très clair pour de si jeunes enfants. Faire la différence entre du harcèlement et un dérangement ponctuel n'est pas évident pour eux.

    Pour le leur définir clairement, j'ai utiliser une vidéo du site France.TV Education. (Cliquez sur l'image pour y accéder)

    Agir contre le harcèlement scolaire

    Nous avons discuté de cette vidéo ensemble et repris certains éléments qui y sont évoqués pour bien définir le harcèlement et aider chacun à repérer les situations à signaler.

    Agir contre le harcèlement scolaire

    Pour porter à la connaissance de mes élèves certaines situations de harcèlement scolaire qu'ils pourraient rencontrer (et qu'il leur faudra dénoncer), je suis partie des vidéos courtes et toujours pertinentes des Petits Citoyens que nous avons ensuite remis en scène en classe pour confronter les élèves aux situations. Parfois on en modifiait la fin car les élèves avaient des idées différentes mais intéressantes pour gérer les situations proposées.

    Agir contre le harcèlement scolaire

    Voici les vidéos que j'avais choisi (certaines ont beaucoup parlé à mes élèves car elles avaient malheureusement déjà pris place dans la classe en début d'année ... Cela a permis aux harceleurs concernés de prendre conscience de la gravité de leurs actes ;-)).

    Vous trouverez encore plein d'autres vidéos sur le sujet par ici ...

     

    Après nos échanges et débats sur le sujet du harcèlement à l'école, ma classe a réalisé une affiche qui a pris place dans les couloirs de notre école ainsi que dans la cour de récréation afin de partager nos découvertes aux autres élèves, les mettre en garde et leur proposer une marche à suivre pour lutter contre le harcèlement à l'école.

    Agir contre le harcèlement scolaire

    En espérant que ces données pourront vous servir dans votre classe, vous aider ou vous inspirer pour aborder ce sujet sensible, même avec les plus jeunes. ;-)

     


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  • Toujours dans une volonté de gérer les comportements de façon positive et de mener mes élèves vers l'autodiscipline, je mets progressivement en place dans ma classe différents outils de la communication non-violente. Le message clair fait partie de cette démarche.

    Le message clair est une technique très simple de résolution des conflits et de gestion des comportements dérangeants, facilement utilisable en classe dès le CP (et même avant très certainement).

    Cette technique consiste à verbaliser ce qu'on ressent et, surtout, ce qui nous dérange plutôt que de passer par les insultes ou les coups. Par la mise en mots, les élèves sont guidés vers une auto-analyse de leurs sentiments et de leurs émotions face à une situation qui leur déplaît. Ils vont alors vers le camarade dont l'attitude les gêne afin de lui faire part de leur ressenti et lui demander de réparer ce désagrément.

    Pour plus de détails sur le sujet, je vous conseille fortement d'aller jeter un oeil à l'article de Graines de livres sur le sujet. Elle y propose une séquence courte et efficace que j'ai suivi avec ma classe et qui vous permettra sans aucun doute à aborder les messages clairs très facilement.

    J'ai également utilisé différentes vidéos introductives avant de  mettre en scène des messages clairs en classe.

    Cette vidéo des 4 accords toltèques expliqués aux enfants m'ont permis d'introduire cette séquence ...

    Une vidéo de la Cardie de Lyon mettant en scène des messages clairs à l'école sur les différents cycles ...

     

     

    Voici l'affiche créée cette année avec ma classe. Elle a pris place dans la classe et dans le couloir pour être visible de tous.

    Le message clair

    En espérant que cela puisse vous être utile, vous aider ou vous inspirer. ;-)


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  • Cette année je tente de mettre en place en EMC des séances un peu particulières de discussions, étude de cas, débats … afin de mettre en place un réel temps d’éducation à l’empathie.

    L’empathie qu’est-ce que c’est ?

    C’est la capacité à ressentir les émotions de quelqu'un d'autre, à se mettre à la place d'autrui.

    L'empathie a deux formes principales :

    • l’empathie cognitive qui consiste à comprendre les idées d'un autre
    • l'empathie émotionnelle qui consiste à comprendre et à partager les sentiments d’autrui.

     J'ai personnellement décidé de me pencher plus particulièrement sur la deuxième sorte d'empathie avec mes élèves cette année pour plusieurs raisons.

     

    Pourquoi vouloir « enseigner » l’empathie ?

    Si l’empathie est un sujet qui m’intéresse beaucoup depuis un moment (notamment depuis que je suis devenue maman), je ne me suis réellement penchée sur son enseignement à l’école qu’en septembre.

    En effet, je me suis retrouvée face à un groupe classe que l’on pourrait sans peine qualifier de « difficile », avec plusieurs élèves plutôt perturbateurs et ayant de nombreuses difficultés de gestion du comportement.

    Les violences en tous genres (physiques et verbales), l’insolence, les regards défiants et les gestes déplacés envers les adultes de l’établissement étaient des éléments d’expression naturels pour une grande majorité de mes nouveaux élèves.

    Malgré toutes mes lectures autour des comportements et des troubles associés, malgré toutes les choses mises en place dans ma classe pour offrir un cadre serein de maitrise de leur comportement, je me suis vite sentie perdue et démunie face à ces élèves à l’attitude « incroyable pour des CP ».

    Eduquer à l'empathie par les émotions   Eduquer à l'empathie par les émotions        Eduquer à l'empathie par les émotions

    J’ai un temps songé à remettre en place un système de gestion du comportement qui ferait perdre des points ou en gagner, comme j’avais il y a quelques années et qui est bien connu dans les classes en général, mais je n’ai pas pu m’y résoudre car :

    • Tout d’abord, étant donné l’ampleur des « écarts » aux règles auxquels je devais faire face en classe, il m’aurait fallu une bonne vingtaine de niveaux différents pour établir une échelle viable. Cela aurait été une perte de temps et d’énergie considérable pour moi (et j’étais déjà bien assez épuisée sans cela !)
    • Ensuite, je ne voulais pas tomber dans un système d'obéissance pure et simple. A l’école et même au-delà, dans la société, tout est basé sur l'obéissance à la loi, aux règles : « Tu ne dois pas frapper ton camarade parce que c’est interdit par les règles de l’école ». Je voulais absolument éviter cette obligation "bête et disciplinée" et vraiment garder dans ma classe un esprit positif selon lequel, si je ne peux pas frapper un camarade c’est avant tout parce que ce camarade est un alter ego, un être humain comme moi, qui mérite un traitement bienveillant, comme moi. Je pourrais être lui et il pourrait être moi, demain, dans une situation inverse mais similaire.
    • pour finir, cela m’aurait demandé de renier tout ce en quoi je crois en termes de comportements. Je ne pouvais pas faire un tel pas en arrière. Je ne m’y autorisais pas. Comment aurais-je pu faire un trait sur autant de convictions à la première difficulté ? Cela m’était impossible. Quand on croit en quelque chose, on lève la tête et on y va.

    J’ai donc finalement décidé de retrousser mes manches plutôt que de me laisser abattre ou dépasser et je me suis réfugiée dans une alternative que je maitrise assez bien et qui devait pouvoir offrir à ma classe une marge de progression conséquente : ENSEIGNER !

     Mais comment faire ? Les situations étaient tellement variées et explosives que je ne voyais d'abord pas comment j'allais pouvoir agir efficacement. J’ai donc sortir mon cahier de maitresse et mes fiches de suivi individuel pour observer mes petites têtes blondes, brunes et noires et prendre des notes. J’ai très vite pu remarquer des éléments récurrents et des difficultés majeures qui étaient :

    • la non-maitrise de l’impulsivité : les élèves posant des difficultés ont un comportement qui peut être sans peine qualifié d’éruptif. Le moindre haussement de sourcil d’un camarade peut les faire sortir de leur zone de calme et partir dans des excès de violence extrême.
    • la non-compréhension de leurs propres émotions : plusieurs élèves ne parvenaient pas à mettre de nom sur leurs émotions. Tristesse et colère étaient identiques à leurs yeux. Rire était toujours synonyme de moquerie pour eux ce qui causait bon nombre de conflits.
    • un égocentrisme très fort : les élèves présentant le plus de résistance étaient en général très « égoïste ». Jamais ils ne portaient de regard sur les autres (ou alors uniquement négatif suite à une altercation).

    J’ai dans un premier temps cherché de l’aide autour de moi en parlant avec mes collègues, en prenant contact avec les enseignants précédents des élèves, ... Soupçonnant des troubles du comportement pour certains mais n’étant pas formée à les diagnostiquer moi-même, j’ai monté des dossiers bien fournis et détaillés de demandes d’aides au RASED, élaboré des PPRE, anticipé des PAP, rencontré les parents pour mettre en place une co-éducation efficace, etc … Bref, j'ai fait absolument tout ce qui était en mon pouvoir d'un point de vue administratif mais, n’ayant plus de psychologue scolaire ni de maitre G dans mon école et ne sachant du coup pas quand des bilans pourraient être faits pour envisager une suite et un suivi pertinent pour chacun des enfants concernés, je ne pouvais pas rester les bras croisés à ne rien faire et à attendre qu'un miracle opère. J’ai donc sorti mon ordinateur pour chercher ce que je pouvais faire de plus, au quotidien, pour améliorer le climat scolaire mais, aussi et surtout, aider mes élèves à mieux se maitriser dans l’avenir.

    L’éducation à l’empathie m’est alors apparue comme une solution adaptée à mes constats et aux besoins de mes élèves.

    Oui car en fait le problème venait de là.

    Ces élèves n’avaient que peu d’empathie.

    Je m'interdis à dire qu'ils n'en ont pas car j'ai pu lire beaucoup d'articles sur le sujet et appris que l'empathie est en quelque sort "innée". Voici un petit reportage qui pourra sans doute vous éclairer sur la questions.

     

    Et là, j’entendais déjà les remarques de Grand-Tonton, le dimanche midi chez mamie, me venir aux oreilles : « Mais y a pas d’histoire d’empathie ou quoi, ou qu’est-ce ! C’est les jeunes d’aujourd’hui qui ne sont plus éduqués … et ils font n’importe quoi … et ils sont sur leurs tablettes toute la journée … de mon temps on jouait dehors, on ne faisait pas tout ça … et bla bla bli et bla bla bla. ».

    Alors oui, Grand-Tonton. Tu as raison. De ton temps, tu ne jouais pas sur la tablette. Tu ne pouvais pas. Il n’y en avait tout bonnement pas ! Le fait est qu’aujourd’hui, il y en a. Que tu le veuilles ou non, c’est comme ça. Ca s'appelle le XXième siècle. Les tablettes, les ordinateurs, les smartphones, etc … ça existe ! Et que les enfants en aient entre les mains ou non, ils naissent tous dans un monde où ces éléments font et feront partie de leur quotidien de vie et de travail. Donc plutôt que de critiquer et de jeter la pierre sur les autres parce que c'est tellement plus facile que de balayer devant sa porte, je préfère essayer de réfléchir à la question pour tenter de faire avancer le schmilblick. Rester là à faire des constats qui ne servent à rien, à émettre des critiques alors que je n'ai pas de solutions pour améliorer les choses, ce n'est pas mon truc et, mis à part à brasser du vent, ça ne sert pas à grand chose.

    Donc, voilà les faits, les vrais : Les élèves du XXIème siècle vivent à une époque où tout va vite, où tout change constamment. Ils appuyent sur un bouton et HOP ! Quelque chose se passe. Action, réaction ! Entre les deux, pas de réflexion nécessaire. Ca se fait, c'est tout, c'est comme ça. (Quelqu'un a fait en sorte que cela puisse se produire bien sûr, mais ce travail de réflexion n'est pas du ressort de l'utilisateur. Lui il profite seulement de ce travail.) En fait, j'ai finalement pu remarquer que mes élèves agissent pareil en terme de comportement. On les regarde. Ils frappent. Action, réaction ! Entre les deux, pas d’observation, pas d’analyse, pas de relation.

    Ainsi, avant que mes élèves puissent se mettre à la place des autres et les considérer comme des êtres à part entière, dotés de sentiments, d’émotions et des volontés propres, ils devaient d’abord apprendre à prendre le temps de se connaître, de passer du temps ensemble et de créer des liens entre eux.

    Non seulement, cela leur servira en classe dès aujourd’hui, mais cela leur sera indispensable quand ils entreront dans le monde du travail demain.

    La compréhension des sentiments et des points de vue des autres est le fondement d’une bonne communication, d’un esprit d’équipe.

    Concernant l’empathie, deux sources me sont rapidement apparues comme incontournables. Il s’agit des travaux de Catherine Gueguen et du sociologue Omar Zanna. Leurs travaux sont tellement riches que je ne pourrais vous les résumer ici. Je vous glisse donc en priorité les liens vers leurs vidéos et certains de leurs ouvrages que j'ai pu découvrir (merci les copines pour le prêt ;-)) afin que vous puissiez vous faire une idée précise de leur travail et de ce qui me sert de base de travail avec mes élèves.

     

    Eduquer à l'empathie par les émotions   Eduquer à l'empathie par les émotions

    Document Eduscol suite à une expérimentation du livre

     

    Voici un ouvrage de O. Zanna et B. Jarry qui est cité en référence sur le sujet partout mais que je n'ai pas pu lire (Il est malgré tout dans ma liste de lectures à venir ;-)).

    Eduquer à l'empathie par les émotions

    Je me suis aussi inspirée des activités proposées dans les ouvrages de la collection "Le cabinet des émotions" de Stéphanie Couturier (éditions MARABOUT) que j'avais découvert sur le blog de La Maitresseuh. Un des ouvrages est centré sur l'empathie et les autres sont spécifiques à différentes émotions (colère, peur,  confiance en soi ...).

    Eduquer à l'empathie

    Ces petits ouvrages à moins de 6€ sont de véritables petites mines d'or, des boites à outils normalement destinées aux parents mais dont les activités sont tout à fait réalisables en classe pour améliorer le climat scolaire et aider les élèves à gérer leurs émotions et à résoudre leurs problèmes ensemble.

    J'ai aussi pu découvrir grâce à ma collègue Un tour en ULIS et à l'ouvrage "Troubles du comportement en milieu scolaire", le jeu des Trois figures.

    Eduquer à l'empathie

    C'est une activité théâtrale créée en 2007 par Serge Tisseron pour lutter contre les effets délétères de la surconsommation d'écrans en développant la réflexion critique, et en encourageant les compétences exécutives et l'empathie de la maternelle au collège. Il est appelé ainsi en référence aux trois personnages de l’agresseur, de la victime et du tiers, qui peut être simple témoin, redresseur de torts ou sauveteur. Ce jeu ne peut être pratiqué qu'après une formation reconnue par un diplôme. Si ma collègue bénéficie d'une intervention reconnue pour pratiquer ce jeu avec sa classe régulièrement, je n'ai pas pu personnellement le pratiquer avec mes propres élèves. Pour me consoler, j'ai cherché sur le net et j'ai regardé des vidéos sur le sujet. Je m'en inspire un peu pour élaborer des activités mêlant théâtre et EMC car il se trouve que mes élèves se révèlent dans les activités artistiques, notamment la comédie. Les séances menées avec la méthode Narramus en compréhension de texte m'ont permis de les découvrir sous un autre angle et l'utilisation de la mise en scène est un excellent moyen de mettre à jour des éléments qui ne sautent pas aux yeux des enfants "sur le vif".

     

    En étudiant la liste des éléments sur lesquels agir pour développer l'empathie en classe, j’ai pu me rassurer un peu. Le long travail mené depuis plusieurs années sur l'aménagement de classe, le changement de pratique ... m'offraient de "bonnes bases" et beaucoup de clés pour faire aboutir ma démarche :

    • repenser ses pratiques : centres d'autonomie, changement de posture de l'enseignant ...
    • revoir l’espace classe : classe flexible, pôles d'apprentissage ...
    • développer des dispositifs pour réguler ses émotions : activités EMC sur les émotions, centre du calme, outils d'aide à la concentration (casques, brise-vue ...)
    • changer sa façon d’évaluer : fin des évaluations sommatives, mise en place du cahier de progrès ...
    • mettre en place une pédagogie coopérative : activités d'EPS pour mieux se connaître, mise en place du tutorat et de l'entraide ...

    En novembre dernier, l’académie d’Amiens a publié une "fiche de route" à destination des enseignants afin de promouvoir l’empathie en classe. Elle reprend les éléments cités plus haut en les organisant de manière à créer une logique de mise en palace en classe. Voici donc les 3 étapes principales conseillées pour établir une éducation à l'empathie en classe :

    1. Se préparer (phase spécifique de l’enseignant)
      • Créer un espace sûr
      • Développer des compétences émotionnelles
      • Montrer l’exemple
    2. S’engager
      • Jeux en groupe
      • Raconter des histoires
      • Immersion
      • Résolution collective de problèmes
    3. Réfléchir et agir
      • Identifier les valeurs communes et les différences
      • Instiller du courage
      • Permettre l’action

     

    Le travail sur les émotions

    Comme spécifié dans la fiche de route ci-dessus, pour développer l’empathie, un gros travail préalable sur l’identification des émotions est nécessaire. C'est sur ce point que j'ai accès de nombreuses séances de classe en EMC, en compréhension de textes, ...

    Durant la première période de l’année, les séances de travail sur les émotions se sont basées sur des albums de littérature de jeunesse. Beaucoup d’entre eux parlaient de la colère car c’est l’émotion que posait le plus de difficulté à mes élèves.

    Voici un petit tour des albums que j’ai pu faire découvrir à mes élèves ainsi que quelques liens vers des supports d’exploitation que j’ai pu utiliser. (Là encore, merci aux collègues et copines pour les prêts).

     

    Eduquer à l'empathie par les émotionsEduquer à l'empathie par les émotionsEduquer à l'empathie par les émotionsEduquer à l'empathie par les émotionsEduquer à l'empathie par les émotions

    Voici un lien vers le blog La classe de Luccia et une séquence de travail sur la Couleur des émotions "façon Narramus". Merci à la collègue pour ce super boulot qui m'a énormément aidé dans ma démarche !!

    Un gros travail "sur le vif" a été réalisé avec les élèves qui en avaient le plus besoin : "débriefing" après un comportement déviant, réflexion individuelle ou collective (selon les cas) ...

    Une fois que mes élèves avaient pu découvrir tous les secrets de leurs propres émotions, il a fallu mener avec eux un travail d’analyse des émotions des autres. Comme je le disais précédemment, mes élèves étaient très impulsifs et ne prenaient pas le temps d’observer leur camarade pour bien saisir leurs émotions et leurs volontés d'action. Pour se faire j’ai créé un petit diaporama permettant de faire comprendre aux élèves qu’il faut réfléchir avant d’agir et observer avant de tirer des conclusions hâtives. Dans ce diaporama, les émotions sont toujours analysées de la même façon afin que les élèves puissent établir un processus d’analyse des émotions.

    1. Découverte d'un visage

    2. Repérage d'une émotion

    3. Analyse des indices corporels 

    4. Recherche des causes de l'émotion

    5. Anticipation des actions possibles

     

    Eduquer à l'empathie par les émotions

     

    Pour conclure, je pense qu'enseigner et développer l’empathie en classe n’est pas à sens unique.

    Les élèves y gagnent beaucoup et les progrès sont visibles au sein de ma classe. Ils peuvent se voir chez certains élèves dont le comportement a vraiment radicalement changé, dans le meilleure sens possible. Pour d'autres, les évolutions et les progrès sont sensibles mais bien là malgré tout. Chacun son rythme. Laissons faire le temps.

    L’enseignant y gagne aussi beaucoup. Peut-être même plus que les élèves. J’y gagne personnellement énormément chaque jour. Développer l'empathie c'est un peu de l'auto-formation en direct sur le terrain. Par cet enseignement particulier, je découvre mes élèves sous un nouveau jour. Ils se révèlent en me révélant de manière plus ou moins explicite des éléments qui me permettent de mieux les comprendre, des éléments qui, une fois décryptés, permettre de mettre à jour bien des explications sur des éléments passés.

    Il est indéniable que je développe également ma propre empathie. Je pensais en avoir. J’en avais très certainement. Je peux encore en avoir plus. Je pense à présent que l’empathie n’est jamais totalement acquise.

    Tout peut toujours être amélioré. Même l’empathie.


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