• Mon nouveau rôle de MAT

    Voici un petit récapitulatif du rôle et de la fonction des MAT afin de répondre aux nombreuses questions que j’ai reçues sur le sujet ainsi qu’un bilan de mes premières impressions sur cette expérience extrêmement enrichissante.

    Qu’est-ce qu’un MAT ?

    Un MAT est un Maitre d’Accueil Temporaire (dit ci-après MAT). Pour le détail, voici un extrait de la définition telle que donnée par le ministère aux académies :

    Les MAT sont des enseignants expérimentés,  exerçant  sur  des  terrains  diversifiés, et   volontaires   pour   s’associer   aux   équipes   de formateurs de l’ESPE et de circonscriptions. Ces  enseignants  seront  capables  d’expliquer  leur pratique  au  regard  des  instructions  et  programmes et  d’analyser  les  démarches  d’apprentissage  mises en œuvre dans leur classe auprès d’étudiants de l’ESPE en formation.

    Pourquoi j’ai voulu devenir MAT ?

    J’ai voulu devenir MAT car j’avais réellement envie de participer à la formation des étudiants. Lorsque j’étais à l’IUFM, j’avais adoré ces moments d’observation en classe. C’était des temps de pratique pure et d’apprentissages concrets sur le terrain. Il m’avait été possible de parler ouvertement avec les enseignants qui m’accueillait . Je trouve ces situations très enrichissantes. Cela me permet aussi de (re)découvrir mes élèves sous un autre angle. Je peux observer leurs comportements, et leurs attitudes face à un autre adulte.

    Cela permet également d'avoir un autre regard sur sa propre pratique, de réaliser des critiques constructives pour se remettre en cause et en question.

    Comment devenir MAT ?

    Pour devenir MAT, il m’a fallu rédiger une lettre de candidature à mon IEN. Cette candidature a donc pris la forme d’une lettre de motivation explicitant mon parcours, mes envies et mes motivations à exercer cette fonction. Les MAT sont ensuite désignés pour une année scolaire par le directeur académique, selon les propositions et les avis de l’IEN. Vous l’aurez donc compris : pour devenir MAT il faut se référer avec votre inspecteur de circonscription qui, selon votre dossier ou en fonction d’une inspection, acceptera ou non de vous faire figurer sur la liste officielle.

    Pour ma part, mon ancienne IEN était venue dans ma classe et dans celles de mes collègues l’an passé suite à notre changement de fonctionnement vers les centres d’autonomie. Elle voulait voir comment tout s’organisait concrètement. Elle fut ravie de découvrir ce fonctionnement et a souhaité que nous le fassions connaître aux étudiants de l’ESPE. C’est à ce moment-là qu’elle nous a proposé de figurer sur la liste des MAT. Cependant, comme elle quittait la circonscription en juin, il nous a tout de même fallu rédiger notre demande écrite, en septembre, auprès de notre nouvelle IEN.

    L’enseignant est  maintenu  dans  sa  fonction de MAT les années suivantes,  sauf demande  expresse  de  sa  part  ou  avis  contraire  de l’IEN de circonscription.

    Selon  leur  choix,  leur  ancienneté  de  services  et après  avis  de  l’inspecteur  de  l’Éducation  nationale, les   maîtres   d’accueil   temporaire   peuvent   être amenés à accueillir trois types de public :

    MAT  1 :  Accueil  des  étudiants  en  Master  2ème année  dans  leur  classe  lors  de  séances  d’analyse de  pratiques :  regroupés  par  cycle  au  sein  d’un même établissement, ils participent alors au réseau d’école rattaché à la formation ;

    MAT  2 :  Accueil  des  étudiants  en  Master  1ère année dans le cadre de stages d’observation ;

    - MAT 3 : Tous types d’accueil : stages d’observation ou de pratique accompagnée, séances d’analyse de pratique  avec  des  étudiants  Master  1ère année  ou Master 2ème année.

    Le déroulement du stage

    Les stagiaires accueillis par des MAT doivent, comme préciser plus haut, réaliser plusieurs tâches au cours de leur stage.

    • des temps d’observation : les stagiaires doivent observer la classe, son fonctionnement mais aussi et principalement, l’enseignant, sa position, sa voix, son organisation …
    • des temps de discussions avec l’enseignant pour répondre aux questions, aux demandes, guider les premiers pas en tant qu’enseignant, aider à la construction des documents professionnels ...
    • des temps de pratiques en menant un ou plusieurs séances en classe

    Les premières séances

    Comme pour toute séance de travail en classe, 3 phases doivent être respectées pour la mener à bien :

    • la préparation
    • la réalisation
    • l’analyse

    Voici donc comment nous avons procéder, mes stagiaires M1 et moi-même pour qu’elles puissent réaliser leurs séances dans de bonnes conditions, malgré tout le stress que cet évènement leur causait.

    • La préparation

    Nous avons d’abord vu ensemble comment réaliser un cahier-journal et une fiche de préparation. En effet, les stagiaires m’ont fait part de leurs peurs à ce sujet car elles en avaient beaucoup entendu parlé mais, à l’ESPE, personne ne leur avait détaillé comment en réaliser (alors qu’on leur demande de faire 5 fiches de prep' par jour durant leur stage !!!! :-o ...).

    De même, nous en avons profité pour étudier les différences entre les programmations, les progressions, les projets de classe et d’école, … Je les ai senties réellement angoissées par tous ces documents dont tout le monde leur parle sans pour autant leur montrer. Ma volonté première a donc été de les rassurer en leur montrant ces outils, en les leur présentant, en leur donnant des exemples clairs et concrets qui pourront leur servir, non seulement pour leurs prochains stages, pour le CRPE (que je leur souhaite de réussir !), mais également pour leur carrière future.

    Une fois la fiche de préparation rédigée, nous nous sommes penchées sur l’importance de préparer son matériel avant la séance afin que tout soit prêt pour pouvoir faire face à toutes les éventualités et les différenciations qu’elles avaient prévues en nombre après avoir pris connaissance de mes petits loulous.

    Etant donné mon fonctionnement de classe particulier, j’avais peur de la réaction que pourraient avoir les stagiaires face à cette organisation qui diffère complètement de ce qu’on leur apprend à l’ESPE. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant l’engouement qu’elles ont eu pour cet aménagement spatial. Elles ont parfaitement su s’adapter à ma façon de faire, souhaitant réaliser leur séance dans les conditions habituelles pour ne pas perturber les élèves et se lancer directement dans une organisation qui leur convenait et qui leur donnait des idées pour des prochains écrits évaluatifs de leur cursus de formation.

    C’est lors de cette phase de travail que je leur ai fait part de ce qui était, selon moi, essentiel pour mener une bonne séance : la tenue de classe. Si on ne tient pas sa classe, si on n’a pas l’attention des élèves, si on n’a pas leur envie d’entrer dans les apprentissages à ce moment précis, on aura beau avoir la meilleure fiche de préparation du monde, avoir préparé son matériel en amont et en nombre, avoir prévu des différenciations par centaines … La séance la plus géniale du monde risque fort de se transformer en plus grosse galère de l’univers. ;-)

    Les stagiaires, après avoir pu observer les enfants durant deux jours entiers, avaient pu remarquer les difficultés de certains élèves, les duos «à séparer pour optimiser les apprentissages … Leurs réflexions sur le sujet m’ont même permis de mettre à jour des choses que je n’avais pas vu moi-même avant concernant certains élèves (compréhension, concentration …). Elles ont été réellement très investies dans ce stage et me l’ont fait comprendre par des remarques justes et fondées dont je tiens compte aussi aujourd’hui pour préparer mes séances et m’adapter encore plus à chaque élève. Bref, vous l’aurez compris : ce stage n’a pas été utile qu’aux stagiaires que j’ai accueilli. J’ai également appris énormément ! En amont de leurs séances, elles ont donc réfléchi à la manière de placer les élèves dans le U et, comme nous en avions parlé ensemble, elles n’ont pas hésité à modifier le placement au besoin si elles sentaient qu’un élève n’était pas bien placé, durant leur séance.

    • La réalisation :

    Le plus dur pour les stagiaires, surtout en M1, est de rester calme durant leur séance. Enseigner est vraiment tout nouveau pour eux ! Dans le cas des stagiaires que j’ai accueilli, les séances qu’elles ont réalisées dans ma classe ont été les premières séances de toute leur carrière. Première fiche de préparation, première fois devant les élèves, première correction, … et en plus dans un fonctionnement qu’elles voyaient pour la première fois !

    Il me fallait donc les conseiller, les guider dans la bienveillance et la bonne humeur pour les mettre en confiance. Les facteurs humain et émotionnel étant, à mon goût, trop souvent oubliés par la hiérarchie institutionnelle envers nous, je comptais bien ne pas l’omettre moi-même face à mes stagiaires.

    J’avais peur de les voir la tête baissée dans leur fiche de préparation que nous avions élaboré dans les grandes lignes ensemble et qu’elles avaient peaufiné de leur côté. je me suis trompée ! Elles sont su à nouveau mettre à profit les conseils donnés lors de nos temps de discussions, elles ont su rebondir aux questions des élèves, aux réactions qu’elles n’avaient pas prévues (et qui leur ont prouvé la nécessité de préparer leur séance et d’essayer d’anticiper autant que possible les réponses et réactions des élèves). Evidemment, on ne peut pas tout prévoir et, parfois même, tout va de travers ! Qu’on enseigne pour la première ou qu’on soit à quelques semaines de la retraite : tout peut arriver ! L’important est de comprendre pourquoi ce que nous avons proposé n’a pas marché et de trouver des moyens d’y remédier au plus vite. Il est difficile d’anticiper absolument TOUTES les réactions possibles et je suis encore souvent surprise par la logique propre aux enfants. Donc voilà ! Avis à tous les étudiants et PES qui me liront : ne vous en faites pas si vous n’avez pas tout prévu ou si votre séance ne se passe pas comme vous l’imaginiez ! Cela arrive à tout le monde, régulièrement car, comme je le disais plus haut, les facteurs humain et émotionnel déterminent énormément, chaque jour, chaque heure, chaque minute ! Malheureusement, nous ne sommes pas maitres de ces deux facteurs à 100%.

    Faites donc du mieux possible ! Avec motivation ! Avec envie ! Avec espoir ! Avec  bienveillance ! Avec passion ! Avec tout ça vous ne pourrez que mieux rebondir et vous améliorer pour offrir le meilleur des enseignements possible !

    Le point qui a posé finalement souci aux stagiaires fut celui des consignes et de leur passation. Si les consignes leur semblaient simples et claires, les élèves ne les ont finalement pas entendues de la même oreille. Cependant, elles ont vite réagit, en classe, sur le vif, pour guider les élèves qu’elles sentaient perdus (preuve qu’elles étaient à l’écoute des conseils et des observations effectuées précédemment. Encore bravo à elles pour cela !).

    Elles avaient prévu différents niveaux de différenciation des exercices pour les élèves en difficulté, faisant varier la complexité des tâches afin que chacun puisse se mettre quelque chose « sous la dent ».

    La gestion de ce que j’appelle « le mur du son » (que mes collègues et moi nous sommes prises de plein fouet l’an passé lorsqu’on nous avons changé d’organisation) fut un des aspects à analyser ensuite lors du « débriefing » du soir. Les élèves étant face à une maîtresse nouvelle (tant dans la classe que dans l’enseignement), ils en ont profité et certains ont même agi de manière réellement inhabituelle (et même inadmissible !!) qu’ils ne se seraient pas permis d’adopter avec moi. Ce point fut donc étudié par la suite afin de trouver des solutions à ce problème de « mur du son » (stopper l’activité, calmer la classe, réexpliquer les consignes …)

    • Analyse

    Nous avons donc, après leur séance, réalisé un bilan de ce qu'elles ont présenté aux élèves, un débriefing.

    Avant toute chose, j’ai tenu à connaître le sentiment des stagiaires sur leur propre séance, leur ressenti général (je me répète encore, mais l'humain et l'émotionnel sont important, il doit à mon sens passer en priorité pour conseiller au mieux les jeunes et leur permettre d'entrer sereinement dans le métier) : comment se sentaient-elles avant de démarrer ? Comment se sentent-elles à présent ? Comment se sont-elles senties durant la séance ? Que pensent-elles de la séance réalisée ? A-t-elle été efficace selon elles ? …

    Nous avons ensuite poursuivi (à l’aide de leur fiche de préparation et des notes que j’avais prise durant leur séance) en mettant en lumière les points à retravailler. Démarrer l’analyse par les points négatifs permet de terminer par les points positifs, note plus joyeuse et encourageante pour des jeunes étudiantes motivées. Il serait dommage que les stagiaires ne gardent à l'esprit que des derniers mots négatifs à propos de leur toute première séance. Cela risquait de les faire douter de leurs capacités à poursuivre dans cette voie professionnelle alors qu'elles avaient en elle deux éléments essentiels pour se lancer dans ce métier : la motivation et l'envie de bien faire.

    Oui, c’était une première séance ! Non, elle n’était pas parfaite … MAIS C’EST NORMAL !

    C’est même logique et rassurant je dirais ! (parce que sinon j’ai autant prendre une retraire anticipée de quelques dizaines d’années ! ;-)).

    Nous avons listé :

    - les points qui ont posé problème et qui variaient selon la stagiaire concernée par le débriefing (gestion du stress, assurance et positionnement de l’enseignant, rapport aux élèves volume sonore de l’enseignant et de la classe, déplacements, énergie générale, position face aux élèves …),

    - recherché les causes potentielles de ses problèmes afin de réfléchir ensuite aux solutions possibles (quoi faire pour remédier au problème, comment faire la prochaine fois pour améliorer la séance, quelle remédiation apporter lors de la séance suivante ...).

    Bilan général

    Cette expérience m’a permis d’apprendre autant que les stagiaires (et peut-être même plus qu’elle sur certains points sûrement ;-)). J’ai pu me placer comme personne référente et guide pour elles qui n’avaient jusqu’alors eu connaissance du métier que par leur souvenirs d’écolières et la théorie de l’ESPE. J’ai beaucoup aimé le lien de confiance qui s’est posé entre elles et moi dès le début de la semaine et qui leur a permis de laisser libre cours à toutes les questions qui restaient en suspens pour elle en formation théorique. J’ai également eu la possibilité de me placer comme observatrice, non seulement des étudiantes que j’ai accueilli dans ma classe, mais aussi de mes propres élèves. J’ai pu les observer sous un autre angle, les voir travailler sans avoir à leur enseigner une notion, analyser leurs réactions et, surtout, leur non-réactions. Cela m’a permis de faire un peu la lumière sur leur façon de réfléchir, de comprendre les consignes et les différentes tâches qui leur sont demandées. Bref, découvrir des éléments essentiels qui ne sautent pas toujours aux yeux quand on est face à eux, en tant qu’enseignant.

    Cette expérience fut donc à la fois nouvelle, excitante et enrichissante !

    Je remercie les deux stagiaires de M1 qui m'ont fait découvrir ce nouveau rôle dans les meilleures conditions qui soient ! Merci pour leur motivation, leur envie, leur intérêt ... Ma classe leur sera toujours ouverte !

    J’ai maintenant hâte de poursuivre cette aventure et d’accueillir de prochains stagiaires de l'ESPE et d'ailleurs. Je sais que cela ne se fera pas avant l’année scolaire 2019-2020 car dans mon académie, un MAT n’a le droit d’accueillir qu’un seul duo de stagiaires par an et cela tous les deux ans

    Ce n'est pas grave ! Cela veut bien la peine de patienter un peu ! ;-)

     

     


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